Soit parfaite et t’es toi !

Pièce écrite et distribuée par : Elyse Fruttero et Lucille Brunel

Interview des comédiennes Elyse Fruttero et Lucille Brunel

Vous venez pour la 1re fois au Festival en Val de Luynes. En aviez-vous déjà entendu parler avant qu’on vous sollicite ? Pourquoi avez-vous dit oui ?
Non, nous ne connaissions pas ce festival.
Nous avons été séduites par l’idée de jouer en extérieur dans un cadre aussi beau.
Quel est votre parcours artistique ?
Elyse Fruttero : j’ai fait l’école de la scène sur Saône (école d’acteur à Lyon) ainsi que le FRACO (Formation burlesque)
Lucille Brunel : j’ai fait un DEUST Théâtre à Besançon sur deux ans ; c’est une formation de comédien avec différents metteurs en scène et comédiens professionnels, puis j’ai fait une licence Art du spectacle à l’université Lyon 2.
Affiche de la pièce
Votre parcours est très varié (spectacle de marionnettes, café-théâtre, classique…). Pourquoi vous être orientées vers le burlesque « souvent outrancier et caricatural » (je cite) ?
C’est un univers décalé qui nous plaît. Il nous permet de passer des messages à travers le rire et le divertissement.
D’actrices vous êtes désormais aussi auteures et metteurs en scène. Le vivez-vous comme un accomplissement ?
Disons que c’est complémentaire. Le fait d’écrire nos propres rôles nous permet de jouer des textes qui nous « parlent » vraiment et de défendre des personnages qui nous intéressent.
Parlez-nous de votre rencontre. Quelle est la genèse de cette pièce écrite à quatre mains ?
Nous nous sommes rencontrées sur la pièce Arrête de pleurer Pénélope à Lyon. Au fil des représentations, nous avons sympathisé et nous aimons jouer ensemble.
Un jour, nous sommes tombées sur « Le manuel d’éducation féminine » qui était enseigné aux femmes dans les années 1950. Nous avons été tellement ébahies par ces propos qui nous paraissaient à la fois d’un autre temps et pour autant pas si lointain que nous avions envie d’en parler. À la fois pour faire prendre conscience de la condition féminine de cette époque et faire un parallèle avec celle d’aujourd’hui ; faire un constat de l’évolution des droits des femmes et de ce que nous en faisons tout en restant dans un ton humoristique de façon à ne pas être moralistes.
Vous jouez aussi ensemble Arrête de pleurer Pénélope. Dans vos dossiers de presse, il apparaît que ce sont deux pièces dites « comédies féminines ». Que cela signifie-t-il ? Des comédies féminines ou féministes ?
Ce sont des pièces dites « féminines » car elles sont écrites et jouées par des femmes. En ce qui concerne le « féminisme » nous croyons qu’aucune de ces deux pièces ne se revendiquent comme telles. Avec Sois parfaite et t’es toi, nous voulions effectivement faire prendre conscience de certaines choses concernant les droits des femmes, mais plus comme un constat que comme un discours militant.
Lucille, votre prochain spectacle Émile le roi de la récup est qualifié de « spectacle écologique », ce qui semble le nouveau combat de « Madame Poubelle » ! Toutes les deux, vous jouez et écrivez des textes engagés. Pourquoi cet engagement ?
En écrivant comme en jouant, notre but premier est le divertissement. En revanche, les sujets qui nous touchent, comme l’écologie ou le féminisme, sont ceux dont nous avons envie de parler. Le théâtre est aussi un outil de débat et le moyen pour nous de partager avec le plus grand nombre nos réflexions sur des thèmes qui nous posent question.
Que pensez-vous du quotidien actuel des femmes et des avancées de la condition féminine ?
Il est clair que la condition des femmes a évolué dans le bon sens du terme sur plein de sujets (droit de vote, avortement, droit de travailler…).
Nous pensons malgré tout qu’il reste du chemin à parcourir pour une véritable égalité (salaire, clichés, femme objet…) et qu’il faut rester vigilant, car pour ce sujet, comme pour d’autres, les mentalités peuvent vite régresser et certains acquis être remis en question.
Interview réalisée par Anne-Marie Frérot, bénévole au Festival de théâtre en Val de Luynes

La compagnie « C’est quoi le projet ? »

La compagnie C’est quoi le projet ? a été créée à l’initiative de quatre comédiens issus du DEUST théâtre de Besançon ainsi que de la formation du F.R.A.C.O. à Lyon. Leurs créations s’orientent autour du théâtre burlesque car Lucille Brunel est persuadée que faire rire intelligemment est primordial.
Leur objectif était de poursuivre ensemble la route après quelques années d’apprentissage et de proposer de jouer dans des lieux insolites au plus près du public.

C’est au fil du temps, des créations et des expériences qu’une compagnie se construit. On a commencé comme tout le monde, avec l’envie de bien faire, sans trop savoir où nous allions. Le « projet artistique » loin d’être établi avec certitude était une ébauche à affiner au gré de nos envies, des demandes, de nos découvertes. Nous voulions jouer ensemble, raconter des histoires, faire rire un public, le faire pleurer mais surtout créer un échange, vivre des rencontres. Notre métier on l’apprend petit à petit, tous les jours.

Quand nous sommes arrivés à Bussières pour jouer « Dernier Verre » (notre première création), nous avions la trame, la plupart des scènes étaient écrites, il nous restait une semaine pour finaliser le spectacle. La commune nous prêtait un hangar ; on nous avait prévenus, il n’y aurait rien, pas de scène, pas de décor, pas de lumière. Nous nous sommes dit « très bien, vive l’aventure ! ». Et lorsque nous sommes arrivés dans ce hangar, on a constaté, qu’effectivement, il n’y avait rien, mais vraiment rien… On nous avait pourtant prévenus ! Nous avions une semaine pour trouver un décor, des lumières, des bras généreux et finir notre création. Nous avons fait le tour du village pour raconter notre histoire et tenter de dégoter un bout de lino, des palettes, des planches, des rideaux, des projecteurs… Le spectacle a ainsi pris forme, jour après jour et c’est cette semaine-là que nous avons commencé à vraiment apprendre notre travail. Ces habitants qui ne seraient peut-être jamais allés au théâtre sont venus voir ce qu’on avait fait de leur bout de lino, leur table, leurs rideaux… et au final, c’est un spectacle qu’ils ont vu.

Parce qu’ils nous avaient rencontrés, parce qu’on était allés les voir, parce que nous, « artistes » avions eu besoin d’eux, nous étions devenus accessibles, et le théâtre qui, à les entendre, « n’est pas pour eux » devenait possible. À la question « C’est quoi le projet ?», on raconte cette histoire… et chaque jour on continue à chercher, en espérant ne jamais vraiment trouver la solution.