Interview de Olivier Broche (Moi et François Mitterrand)

Association Val de Luynes Evènements : Qu’est-ce qui vous a séduit dans l’écriture du livre d’Hervé Le Tellier ?

Olivier BROCHE : Le texte m’a immédiatement séduit quand Hervé me l’a fait parvenir. Parce que d’abord, il est très drôle. Évidemment, la situation est extrêmement amusante, absurde.
Et en même temps, elle représente aussi un petit défi : « Comment on va s’en sortir avec cette histoire ?  Comment représenter cet homme ? Qui est cet homme ? »

Alors bon, je n’avais pas de réponse mais à priori j’en ai trouvé une.

Je pense que je l’interprète un peu comme un personnage de Sempé qui se donne plus d’importance qu’il n’en a et qui tout d’un coup pense être en contact avec les grands de ce monde.

Enfin, en l’occurrence, là, c’est Mitterrand et les présidents de la République, parce que ce n’est pas que François Mitterrand, car je poursuis avec ses successeurs. Les échanges sont absurdes, évidemment, puisque c’est cette lettre type, cette lettre inventée par Hervé Le Tellier. Les modalités, maintenant, ont dû changer avec les réseaux sociaux. On imagine bien qu’on doit pouvoir rentrer en contact avec l’Élysée un peu plus facilement que c’était le cas en 1983, là où commence ma correspondance.
Avec François Mitterrand, ça permet à la fois d’être dans la politique, l’histoire et l’intime, dans sa toute sa petitesse et sa médiocrité mais aussi dans une certaine grandeur que s’imaginait posséder cet homme.
Donc, c’est à la fois drôle, absurde et en même temps, je crois assez touchant, parce qu’on peut quand même s’identifier à ce personnage.

C’est une pièce que j’ai jouée quand même plus de deux cents fois. Maintenant je ne la joue qu’exceptionnellement en lecture spectacle.         

C’est une adaptation de Benjamin Guillard, comment…

O.B : Non, c’est une adaptation que j’ai faite avec Hervé et Benjamin, mais c’est vraiment le texte du livre. Ce sont simplement des petites suppressions, parce qu’on ne pouvait pas jouer l’intégralité. Et c’est Benjamin Guillard qui m’a mis en scène dans ce spectacle, voilà.

Ah très bien c’est un travail à trois. Et comment est né ce projet ? Pourquoi vous avoir choisi ?

O.B :  Oh bien, c’est tout bête ! C’est François Morel qui au départ avait rencontré Hervé Le Tellier qui lui avait lu le début, et François l’avait encouragé à continuer.
Hervé Le Tellier est un membre del’OuLiPo, l’ouvroir de littérature potentielle, créé par Raymond Queneau et François Le Lionnais dans les années soixante, dont les membres les plus éminents sont Perec, Calvino, Roubaud et plein d’autres.
Hervé Le Tellier appartenait aux « Papous » (Des Papous dans la tête), une célèbre et fameuse émission hebdomadaire de jeux littéraires qui a duré pendant une trentaine d’années sur France Culture. Et je crois qu’à l’origine, c’est pour les Papous qu’il avait imaginé cette idée d’un type qui reçoit une lettre type du président et qui pense que c’est une lettre personnelle à laquelle il répond et ainsi de suite et c’est toujours la même lettre.

Mais ça s’était arrêté là et François Morel l’avait encouragé à continuer. Et donc, un jour, en 2000, je crois, à l’occasion d’une lecture du texte mais vraiment basique, avec uniquement les projections des lettres reçues, Hervé appelle François et François lui dit : « Je ne suis pas libre mais y’ en a un qui sera très bien pour ça, c’est Olivier Broche et s’il est libre, il le fera volontiers. »

En plus, Hervé et moi, on était voisins, on l’est toujours d’ailleurs, on s’est aussitôt vu. Il m’a envoyé le texte le soir même. Le lendemain matin, on se rencontrait et on a commencé par des lectures, notamment à Angers. Un festival de lecture à Angers sous la direction, à l’époque, de Frédéric Bélier-Garcia.

Et tout a commencé comme ça. Et puis ça s’est très bien passé. Et après la production de Morel et Valérie Lévy, Les Productions de l’Explorateur, qui produisent tous les spectacles de François Morel, ont rencontré des théâtres et le premier théâtre qui s’est montré intéressé, c’était le théâtre du Rond-point, puis le théâtre des Bernardines à Marseille et ensuite la tournée s’est enchainée.

 Très bien. Vous avez été révélé dans Les Deschiens de Jérôme Deschamps, que retenez-vous de toute cette période ?

O.B : J’ai au moins rencontré beaucoup de gens qui sont restés mes amis, en particulier François Morel et Olivier Saladin.

Alors justement qu’éprouvez-vous à rejouer à leurs côtés dans la pièce « ART » ?

O.B : Oh, bien c’est formidable ! Oui c’est bien, on s’entend très bien, on est très amis depuis longtemps, on ne s’est jamais perdu de vue même quand on ne jouait pas ensemble. On avait déjà retravaillé ensemble, surtout Olivier et moi, mais c’est vrai que se retrouver tous les trois ensemble, sur un même plateau, ça ne s’était pas reproduit depuis Deschamps, alors c’est très agréable. Forcément, il y a une certaine connivence ; le public sent bien la complicité que nous avons sur scène.
Et c’est une pièce sur l’amitié, alors forcément, on n’a pas de mal à jouer l’amitié. Donc on l’a jouée pour le moment 240 fois déjà et on va la jouer encore 200 fois l’année prochaine. Donc voilà, tout va bien.

Et de la tournée de Moi et François Mitterrand, que retenez-vous d’elle et de votre rencontre avec le public ?

O.B : J’avais déjà fait un seul en scène sur un texte de François qui s’appelait Adrien, les mémoires qui est devenu Les amis du dimanche dans les années quatre-vingt-dix. Donc j’avais une expérience du seul en scène. Ce n’est pas ce que je préfère. J’aime beaucoup le spectacle mais je préfère jouer avec des camarades sur scène qu’être tout seul.

Et puis être avec des camarades, ça rend la tournée un peu plus gaie que tout seul. Voilà ce que je retiens.

Mais ça s’est très bien passé donc c’était très agréable. J’ai eu des bons papiers, j’ai toujours eu du monde, j’ai eu des retours très positifs et tout ce que disent les gens, c’est vrai que tout vous revient puisque vous êtes tout seul.
Au bout du compte, ça m’a probablement un peu plus encore légitimé comme comédien, du fait que j’étais seul, du fait que ce spectacle a eu beaucoup de succès et qu’il a été très joué.

Interview réalisée par : Virginie
Bénévole au Festival de théâtre en Val de Luynes