Interview de Carole DEFITT, comédienne dans le rôle de Virginie (VIRGINIE ET PAUL)
Association Val de Luynes Evènements : La musique a tenu une place prépondérante très tôt dans votre vie. A-t-elle été un élément déclencheur pour jouer au théâtre et surtout dans une comédie musicale ?
Carole DEFFIT : J’ai appris à jouer du piano très très jeune et à chanter. La musique a fait partie de ma vie. Néanmoins, l’instrument n’était pas suffisamment épanouissant et la comédie musicale m’a donné le sens du rythme. J’ai commencé à appréhender les comédies musicales plongées dans une ambiance théâtrale.
Passer du registre de la comédie musicale au drame ou autre spécificité est-il un exercice difficile pour vous ?
C.D : J’avais tellement la musique en moi lorsque j’ai commencé par le théâtre… La musicalité du texte est toujours là, et appréhender le théâtre est un petit plus. Quand il y a de la musique, le silence, les couleurs et la sonorité des mots sont en parallèle avec la comédie. De ce fait, le « switch » se fait assez facilement.
Pour appréhender les rôles, avez-vous des techniques propres de mémorisation et l’apprentissage se fait-il facilement et rapidement pour vous ?
C.D : J’ai la chance d’avoir une très bonne mémoire. Enfant, je récitais mes leçons par cœur avec ma mère. J’ai la mémoire qui fonctionne bien et surtout je possède une mémoire visuelle, ce qui aide beaucoup quand le script change souvent, surtout dans la pièce Virginie et Paul. Il faut apprendre vite avec les couleurs, les respirations du texte, les arrêts et les moments importants imposés par l’auteur. Il faut rabâcher le texte et le ressortir de son contexte.
Êtes-vous une adepte de l’improvisation sur scène ou vous en tenez-vous à votre texte intégral, « stricto sensu » ?
C.D : Je déteste l’impro donc je m’en tiens au texte « stricto sensu ». Je m’attache à respecter le travail de l’auteur. J’ai fait, il y a quelques années, un stage chez un metteur en scène et j’y ai passé deux semaines de mon temps à répéter le texte. Toutefois, un bon auteur donne les pistes et on peut être plus ou moins fidèle mais c’est rare. Un jour, une prof de théâtre m’avait dit qu’il ne faut pas changer le mot qui t’embête mais plutôt appuyer sur ce mot qui dérange et sur lequel on bute et ainsi le déclic finira par opérer !
Comme dans la vie, le théâtre nous réserve des imprévus, des situations cocasses, à l’instar de Virginie et Paul par exemple. Avez-vous une anecdote, la meilleure et (ou) la pire, à nous livrer, et qui vous a le plus marquée ?
C.D : Petite anecdote sur Jupe courte et conséquences en trois parties : dans la 1ère scène, c’est la fille qui mène, dans la 2e, c’est le garçon et dans la 3e partie, les deux mènent. En 1ère partie, au festival d’Avignon, j’étais stressée car je m’aperçois soudain que j’ai sauté deux pages et qu’il m’était difficile de rebondir sans faire un retour en arrière.
Dans Virginie et Paul, les choses sont plus simples car il y a de la précision dans le texte et il est plus facile de changer des mots. Les phrases rajoutées ne sont pas gênantes et du coup, le public ne s’en aperçoit pas.
Anecdote sur les oublis d’accessoires : par exemple dans une pièce, un des acteurs revient sur scène sans son casque alors que c’est l’objet principal dans la pièce, obligeant l’acteur à ressortir pour récupérer son casque : l’intrigue étant le casque. Dans ces cas-là, il ne faut surtout pas être déstabilisé, ne pas paniquer, mais sur le moment c’est une situation difficile à gérer ! Un grand moment de solitude !
Au théâtre, il existe des rôles plus ou moins faciles à jouer que d’autres ! Comment les gérez- vous et génèrent-ils plus de trac pour vous ?
C.D : Avant d’entrer sur scène, j’ai presque toujours le trac et je m’adonne à des exercices d’élocution avant. J’ai la chance que les rôles proposés jusqu’à ce jour m’aillent très bien et m’amusent. Le metteur en scène, m’ayant prise pour cette raison, tout se passe bien la plupart du temps.
Dans le rôle de Juliette, j’ai encore plus la pression, car c’est du Shakespeare et je sais qu’on va m’attendre au virage. Dans les créations, l’auteur est aussi metteur en scène et cela m’aide beaucoup et quand ce sont des reprises de rôles, on a déjà les références et on ne veut surtout pas faire moins bien.
Cette pièce, Virginie et Paul mise en scène par Hervé DEVOLDER, l’avez-vous pressentie comme écrite pour vous ?
C.D : Non, elle n’a pas été écrite pour moi, d’autres l’ont jouée avant moi ! Mais c’est le rôle que j’attendais. Avec le plaisir du jeu de la comédienne de musique, le plaisir du mot, il y a tout dans la plume de Mougenot qui a une écriture magnifique. De plus, la situation est très drôle et les personnages différents et identiques à la fois. Hervé DEVOLDER manage à la perfection et j’ai plaisir à aller sur ce terrain de jeu sans avoir la pression. On travaille ensemble régulièrement et Hervé m’amène là où je veux. Il n’y a pas d’autocensure, pas de barrière et pas de jugement. C’est le plus beau rôle car il est drôle et me permet de jouer de nombreux personnages. J’aime cette manière de travail, de recherche et se retrouver dans le champ d’action est épanouissant.
Le fait de jouer en plein air au festival de théâtre en Val de Luynes face à un public nombreux, eu égard à la jauge, à la différence des petites théâtres parisiens ou sites avignonnais, ajoute–t-il une autre dimension au spectacle et vous procure-t-il de l’adrénaline supplémentaire ?
C.D : Le fait de jouer en plein air est un supplément, certes, mais on ne joue pas forcément de manière différente. Toutefois on est tributaire des éléments qui en découlent (le son, la météo, etc.) et c’est magique. On joue dans un écrin de verdure, même si la pièce Virginie et Paul se situe à l’intérieur. De ce fait, l’univers extérieur nous impacte peu. En revanche, dans Jupe courte et conséquences ou dans Roméo et Juliette lorsqu’on parle à la lune et qu’on se retrouve au milieu d’un parc, on se trouve plongé dans la vérité de la situation. Jupe courte et conséquences en plein air nous donne l’impression que l’intrigue se situe dans un parc car le décor est réel et plus vrai que nature ! Quant à la jauge du public, cela m’indiffère et n’interfère en rien sur ma façon d’appréhender mes rôles ! Quant à l’adrénaline, je l’ai toujours plus ou moins à chaque fois que je monte sur la scène. En revanche, jouer d’autres pièces dans des grandes salles, cela me demande d’avoir une autre manière d’appréhender les choses.
Hormis le piano, la musique, le théâtre, la danse, avez-vous d’autres passions artistiques ?
C.D : Je détiens déjà un éventail de passions qui m’occupent à temps plein et mon jeune fils de sept ans tient aujourd’hui une place importante qui ajoute une passion supplémentaire, primordiale à ma vie.
Interview réalisée par : Nelly
Bénévole au Festival de théâtre en Val de Luynes