Interview de Philippe ELNO, comédien dans le rôle de François (La Thérapie de la connerie)

Association Val de Luynes Evènements : Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce personnage du « con » ?

Philippe ELNO : Mon personnage est un con, certes, mais il n’est pas méchant. Je pense que le public peut même avoir de l’empathie pour lui, tant il est naïf. Et puis c’est très agréable de jouer quelqu’un qui est absolument convaincu par la justesse de ses propos alors qu’il est totalement à côté de la plaque.

Avez-vous des anecdotes sur le processus d’« incarnation » de votre personnage ?

P.E : Je sais que je ne joue pas de la même manière qu’au début de cette aventure. J’étais un peu plus dans la caricature, clownesque. Et puis avec le temps et surtout l’assurance, j’ai simplifié mon interprétation. Les conneries qui sortent de sa bouche sont tellement énormes qu’il n’y a pas besoin d’en rajouter…

Y a-t-il dans le personnage de Pierre ou celui de François, des traits de caractère qui vous ont particulièrement touché ou qui résonnent avec votre propre expérience ?

P.E : C’est gentil de poser la question ! 🙂

Pour jouer un con avec sincérité, il faut, soit être très observateur de la connerie environnante, soit être un con soi-même… Je vous laisse faire la part des choses. Je sais que l’auteur Xavier Matte, aime bien raconter qu’il a tout de suite pensé à moi pour jouer ce personnage. Flatteur… ou pas !

 Dans cette pièce qualifiée d’hilarante par la critique, quelle part laissez-vous à l’improvisation dans votre rôle du con ? Est-ce que parfois, il vous arrive de « sortir du rôle » et de rire de l’absurdité de la situation jouée ?

P.E : Nous avons avec mon partenaire Hervé Fassy une belle complicité, sur scène et dans la vie. Alors forcément, en affinant notre jeu au fil des représentations, quelques surprises arrivent de temps en temps et il n’est pas rare de voir le collègue friser légèrement et c’est alors difficile de résister au fou-rire. Mais la plupart du temps, les fous-rires sont intériorisés car ni Hervé ni moi ne sommes très adeptes du cabotinage. C’est souvent à l’hôtel, après la représentation, au moment du debrief, qu’on passe des heures à se marrer. (On ne fait pas un métier facile !).

Vous êtes également auteur : comment votre expérience en écriture influence-t-elle votre jeu d’acteur dans La thérapie de la connerie ?

P.E : Il n’y a pas vraiment de rapport entre le métier d’auteur et celui d’acteur, si ce n’est la recherche de l’authenticité. Quand j’écris, je veux qu’on croie en mes personnages. S’il y a de la caricature, le jeu doit être simple et si le texte est simple, le comédien peut chercher l’extravagance dans le personnage…

Quelle est la réaction du public que vous espérez/ espériez susciter avec La thérapie de la connerie ? Avez-vous eu des retours marquants lors des précédentes représentations ? Quel est votre meilleur souvenir avec cette pièce en tournée ?

P.E : « Ça fait du bien de rire » est une phrase que l’on entend très souvent et qui nous ravit. J’aime bien entendre aussi : « C’est tellement vrai ! ». Il arrive aussi régulièrement d’entendre dans le public pendant la représentation, des phrases qui sortent toutes seules, du genre : « Mais qu’il est con ! » … et je le prends plutôt comme un compliment, c’est que je fais le job.

Vous revenez donc à Tours pour jouer cette pièce. Comment abordez-vous cette prochaine représentation devant le public tourangeau, mais en plein air cette fois ?

P.E : Nous avons déjà joué à Tours la saison dernière pendant une semaine et c’est un très bon souvenir. La salle était pleine et la magie a opéré. Hâte de revenir dans la région. Quant au fait de jouer en plein air, je l’ai déjà fait plusieurs fois. Bizarrement la chose la plus marquante est le bruit que font les martinets (ou mouettes selon les régions), qui n’ont aucun respect pour notre travail et piaillent pendant toute la représentation. On n’entend même plus les portables sonner !!!

Quelles sont vos sources d’inspiration (autres que le théâtre) pour nourrir votre créativité en tant qu’auteur et acteur ?

P.E : Je peux passer des heures à observer ce qui se passe autour de moi. A une terrasse, à la plage… Par exemple :  j’adore les bouchons ! Dans le métro, je ne prends jamais mon portable, j’observe. Il m’est arrivé d’écrire des spectacles suite à une mésaventure vécue. On est régulièrement confronté aux absurdités de ce monde qui, une fois la colère passée, peuvent s’avérer être très comiques et surtout peuvent parler à tout le monde.

Avez-vous des projets futurs ou des thèmes que vous aimeriez explorer dans vos prochaines créations/ interprétations théâtrales ?

P.E : Je travaille actuellement sur une nouvelle création qui va s’appeler Tisane, Compote et Rock’n’roll . C’est l’histoire de deux rockeurs de métal qui ont eu un énorme succès mais qui sont en fin de carrière. Ce soir-là, ils jouent à la salle Georgette Lemaire dans un bled pourri. Ils sont fatigués, le corps ne répond plus et le public n’est plus au rendez-vous. Ils sont tellement devenus sans intérêt que même leur équipe technique les oublie et les enferme dans la salle municipale où ils seront contraints de passer la nuit à ressasser leurs souvenirs et à essayer de sortir…

Hervé et moi jouerons également dans deux nouvelles créations, signées Xavier MATTE : La thérapie de l’amour : une thérapie qui dérape en fous rires quand un couple qui ne va pas bien, consulte un psy qui ne va pas bien non plus…et Nuit gravement au salut : un impitoyable bras de fer entre un éditeur aux dents longues qui veut bien éditer le nouveau manuscrit d’une séduisante écrivaine…

Mais à une certaine condition !

Une dernière question : qu’aimeriez-vous dire à nos festivaliers et à nos bénévoles ?

P.E : Aux festivaliers : « Vous êtes au bon endroit ! » ; aux bénévoles : « vous faites un beau métier ! »

 

Interview réalisée par : Vanessa
Bénévole au Festival de théâtre en Val de Luynes