Interview de Olivier Sauton, auteur et comédien (Fabrice Luchini et moi)

Association Val de Luynes Evènements : Pouvez-vous brièvement nous présenter votre parcours ?

Olivier SAUTON : J’ai rencontré le théâtre tardivement. La première fois, j’avais dix-neuf ans et j’ai eu une révélation. J’étais en Fac de droit à l’époque et je m’ennuyais totalement. Pour autant, depuis l’adolescence, je voulais être auteur, j’aimais écrire, mais je n’avais jamais envisagé l’activité d’acteur. Lorsque j’ai vu Dom Juan de Molière, j’ai compris que je voulais faire ce métier, que je voulais monter sur scène, que je voulais jouer des personnages. J’ai alors quitté Angers, ma ville natale pour rejoindre Paris où j’ai pris des cours de théâtre pendant trois ans et mon professeur m’a vraiment appris à savoir lire et à aimer lire. Il faut savoir qu’à l’époque, la littérature ne m’intéressait pas. Ensuite je me suis lancé dans les one man shows pendant plusieurs années avant que je ne trouve mon credo qui est le seul en scène, drôle, mais également poétique et littéraire. C’est comme cela que j’ai été amené à écrire Fabrice LUCHINI et moi.

Vous imitez à merveille Fabrice LUCHINI, qu’est-ce que vous cherchez à capter chez lui pour rendre votre interprétation aussi crédible ?

O.S : Contrairement aux idées reçues, pour bien imiter quelqu’un, il ne faut pas d’abord apprendre à parler comme lui ou avoir sa voix. Il faut d’abord savoir l’imiter dans ses moments de silence et tenter de comprendre son mécanisme intérieur. Lorsque j’ai commencé à travailler Fabrice LUCHINI, je me suis assis sur une chaise, je me suis tu et j’ai essayé de penser comme lui. Et en fait, il est génial à jouer, parce qu’on sait qu’avec lui, il y a déjà des effets de théâtre. Ce que j’essaie de capter chez lui, c’est sa philosophie du travail. C’est un véritable artisan et pour ma pièce, je voulais mettre un apprenti, moi quand j’avais vingt ans et l’artisan, lui qui représente aussi mon professeur de théâtre. J’ai voulu aussi capter sa façon d’aborder le métier de comédien et la littérature.

Vos textes sont à la fois drôles et profonds. Est-ce que cette écriture vient de votre parcours  personnel ? De votre rapport au théâtre ou d’observations du quotidien ?

O.S : Les trois propositions sont excellentes. Je ne savais pas que j’étais drôle, j’avais même de sérieux doutes là-dessus ! Je me sentais davantage poète que comique. Et il faut vous avouer qu’en qualité de spectateur, je n’aime pas trop les spectacles qui sont seulement comiques. J’aime rire bien sûr, mais il faut que le rire emmène une réflexion, une provocation, une émotion autre que le comique. Quant à l’observation du quotidien, je dirais oui. J’aime bien dans une journée, rire, pleurer, réfléchir… j’aime bien qu’une journée m’apporte toutes les couleurs.

Vous passez d’un personnage à l’autre avec beaucoup de fluidité. Comment travaillez-vous ces transitions ?

O.S : C’est comme si je jouais au tennis mais que j’étais seul sur le court et qu’à chaque balle je devais faire l’échange et courir dans l’autre partie. Il faut que les voix soient bien distinctes, que ma voix de jeune n’empiète pas sur LUCHINI et vice et versa. Il y a aussi le visage, la posture, la pensée et c’est surtout grâce à un gros travail de répétitions qu’on obtient cette fluidité.

 Le fait de jouer en plein air ajoute t- il une autre dimension à votre spectacle ?

O.S : J’ai très peu joué en plein air et j’aime me produire sous les étoiles, sous le ciel, cela donne une dimension particulière au texte. C’est comme jouer dans un théâtre à l’italienne, ce n’est pas la même chose que dans une salle des fêtes !

Avez-vous une anecdote sur le spectacle à nous raconter ?

O.S : Oui et je ne l’avais encore pas racontée ! Un non-voyant est venu à mon spectacle et la personne qui l’accompagnait lui susurrait en permanence à l’oreille des détails sur la mise en scène. Je ne savais pas qu’il était aveugle mais cet échange me gênait jusqu’à ce que je réalise qu’il portait des lunettes. A partir de ce moment-là, j’ai voulu que l’illusion sonore, acoustique et vocale soit parfaite !  Je voulais l’emmener très loin. Ce monsieur, fan de LUCHINI, est venu me voir à la fin du spectacle pour me dire qu’il avait reconnu son grain de voix, qu’il aurait pu croire qu’il était là, qu’il avait cru qu’il était là… mais qu’il s’est souvenu qu’il n’avait payé que vingt euros pour assister au spectacle ! On ne pouvait pas mieux me complimenter pour mon travail !

Que vous apporte votre métier et le conseilleriez- vous aux jeunes ?

O.S : Mon métier m’apporte le sens du présent. Lorsque l’on joue, on ne peut être que dans le présent et à chaque inspiration, on se connecte à l’instant T… et cela rejaillit forcément dans ma vie… je perçois mieux sa consistance et son coté éphémère.

J’ai formé plusieurs comédiens puisque je suis professeur de théâtre. Je demande toujours à ces jeunes s’ils aiment les pâtes au beurre, parce que s’ils les aiment, ils pourront faire ce métier. Aimer les pâtes au beurre, c’est être prêt à endurer toute une vie sans confort matériel, avec le stress des fins de mois, voire parfois aucune recette pendant des années. Ce que je veux dire par là, c’est que si on a une réserve, il faut faire attention… la passion peut être éphémère. En revanche, si on est prêt à gagner peu, si on a la foi et qu’on est heureux de pratiquer son métier, alors il faut foncer.

 

Interview réalisée par : Isabelle
Bénévole au Festival de théâtre en Val de Luynes