Photo Jérôme de Verdière

Tartuffe ou l’imposteur

Le succès est tel que « Tartuffe » va attirer les foudres de l’Église. L’archevêque de Paris accuse la comédie de salir l’image des croyants et celle de la dévotion. Molière, mettant en scène les méfaits d’une dévotion hypocrite, est alors censuré et doit retravailler son œuvre.

 

 

 

Tartuffe « vrai-faux » dévot

Aujourd’hui, Tartuffe est devenu synonyme d’hypocrite comme Harpagon est devenu synonyme d’avare. Harpagon aime sincèrement l’argent, c’est pourquoi il fait rire. Pour redonner à la pièce sa dimension comique, nous avons pris le parti de jouer un Tartuffe sincère de bout en bout. Hypocrite, il l’est aux yeux des autres, mais pas à ses propres yeux.

Tartuffe amoureux

Tartuffe, tombé amoureux d’Elmire, essaie désespérément de concilier sa passion religieuse et sa passion amoureuse. Le rire naît naturellement de cette contradiction. Tartuffe se réfère au Ciel en permanence et se croit au dessus des lois. Comme le dit Orgon, Tartuffe  avec le Ciel « est le mieux du monde », du moins il le croit. Cruellement humilié, il imagine aisément que les intérêts du Ciel et les siens sont les mêmes.

Un Orgon crédule

La crédulité d’Orgon est le deuxième ressort comique de la pièce. Orgon voit en Tartuffe un saint homme sans lequel il ne peut plus vivre. Comme le dit Dorine « ses moindres actions lui semblent des miracles et tous les mots qu’il dit sont pour lui des oracles ». Pour s’attacher Tartuffe, Orgon veut lui donner sa fille en mariage. Quand Tartuffe fait mine de partir, il décide de lui donner aussi toute sa fortune. Tartuffe démasqué, la situation frôle le drame.
L’intervention du Roi « ennemi de la fraude » sauve in extremis la famille de la ruine et Orgon de la prison. Tartuffe est alors l’attrapeur attrapé.
La religion n’est pas vraiment le sujet de la pièce, c’est plutôt une mise en garde contre les tricheries de l’esprit humain, tricheries vis à vis de soi-même ou des autres, et contre les abîmes de la crédulité, où il est si facile et quelquefois si tentant de s’engloutir.

Interview Colette Roumanoff

Votre parcours d’étudiante ne vous destinait pas à mettre en scène les pièces du répertoire. Comment cela est-il arrivé ?
 
 
Alors d’abord on dit que Sciences Po, ça mène à tout et ça, c’est vrai. Le premier pas étant que j’ai coécrit et mis en scène ma fille Anne Roumanoff pendant 10 ans, et après ça, je me suis dit, travailler avec une seule comédienne… j’ai eu aussi envie de travailler avec plusieurs. J’ai commencé par donner des cours de théâtre à des enfants, dans des collèges, j’ai monté des pièces avec beaucoup de succès, ça marchait très bien. Finalement j’ai donné des cours dans une classe de terminale, et là j’ai fait une compagnie amateur pour plusieurs associations et ensuite j’ai créé ma compagnie avec les Fourberies de Scapin, donc du Molière. Ça fait 30 ans que je vis avec Molière, c’est mon ami préféré.
 
Cela rebondit bien sur ma question suivante : Molière tient une grande place au sein du répertoire de votre compagnie ; dans le cœur du public aussi. Comment expliquez-vous ce succès sans égal ?
Je vais vous dire que je n’en finis pas d’admirer la finesse, la subtilité de ce qu’il raconte, c’est un maître à penser, un maître de vie, il sait voir des choses, il montre des choses, des situations qui se retrouvent souvent, on retrouve les mêmes aujourd’hui ; ce sont des situations humaines.  L’être humain croit qu’il a fait des progrès, mais ça, ce n’est pas vrai. Les situations sont toujours les mêmes. Les ressorts, les moteurs ; il vous montre comment les gens s’enferment dans des préjugés, dans des comportements dont ils n’arrivent pas à sortir. Moi je suis tout à fait admirative de toutes les pièces de Molière. Je ne peux pas vous dire que j’en préfère une. Et j’adore vraiment Le Tartuffe, c’est une pièce très riche ; ça montre les choses qu’on peut voir tous les jours.
 
 
Votre compagnie d’ailleurs interprète plutôt des pièces classiques, avez-vous eu déjà envie de proposer des pièces plus contemporaines ?
J’ai écrit une pièce qui s’appelle La confusionite, sur la maladie d’Alzheimer, qui est tout à fait contemporaine, qu’on joue aussi beaucoup et  qu’on n’a pas encore vue au Festival de Luynes.

 

Comment votre répertoire s’est-il enrichi ?

Nous sommes une Compagnie de répertoire. Pendant très longtemps, on avait 2, 3 pièces et on ajoute au fur et à mesure des pièces, surtout de Molière, du Beaumarchais, qui restent classiques, Corneille antérieur à Molière, Hamlet de Shakespeare, classique anglais que j’ai retraduit, que j’ai monté, qui est une pièce formidable. Aussi des pièces pour enfants, entre guillemets : Peau d’âne, Cendrillon, et une que j’ai adaptée Tant qu’il y aura Blanche Neige…
Des choses qui sont moins demandées mais qui sont de très belles choses.
 
Pour terminer, qu’est-ce que vous avez préféré dans cette vie professionnelle bien remplie ?
C’est faire du théâtre ; j’ai fait beaucoup de choses avant, mais c’est vraiment faire du théâtre. Le théâtre c’est la vie, les spectacles, les voyages, j’adore, j’adore.
Merci Colette, ça nous fait plaisir de vous recevoir une 3ème fois, je crois, ou 4ème ?
Je ne sais plus, non plus, mais quand on aime on ne compte pas.
Et avec cette année blanche, nous avons attendu le retour de ces représentations théâtrales.
Nous, nous avons attendus 2 ans, on s’est arrêtés 2 ans et quand on s’est remis à jouer, ça nous a fait un effet « ouaaahh !
Oui, revivre le festival, cela a été une joie, une récréation.

Oui tout à fait.
Merci Colette, à bientôt.
Interview réalisée et rédigée par Valérie Petitpez, bénévole au Festival de théâtre en Val de Luynes.